lundi 13 novembre 2017

Des femmes qui dansent sous les bombes - Céline Lapertot

Par Daphné
















Résumé de l'éditeur :

Savez-vous pourquoi l'on a accepté de nous livrer ainsi à vous, dans ce que nous avons de plus intime. C'est parce que vous avez marché avec nous. Vous avez couru à nos côtés, la caméra embarquée. Vous avez marché aux côtés de nos mères, lorsqu'elles vendaient nos haricots, nos œufs et notre lait. Vous avez partagé la sueur de nos mères. Vous les avez suivies tout le temps. Vous nous suivez partout, que nous nous battions, que nous vendions, que nous produisions. Vous avez constaté une chose : nous marchons. Nous marchons toujours. La marche est notre socle, le fondement de notre petite civilisation de femmes. Nous marchons pour vendre, nous courons pour fuir mais nous marchons encore pour tuer. " 

Dans ce pays d'Afrique, la guerre civile fait rage et nul destin n'est tracé. Celui de Séraphine s'annonce heureux – elle épousera bientôt l'homme qu'elle aime –, mais il bascule lorsque des miliciens saccagent son village. Elle perd alors toute sa famille, et son innocence. Sauvée in extremis grâce à l'intervention d'une faction de l'armée régulière conduite par l'exceptionnelle Blandine, elle se joindra à sa troupe de " Lionnes impavides ", qui luttent dans l'espoir fou d'un retour à la paix. 

Il est impossible de lâcher ce roman – d'une pudeur et d'une justesse saisissantes –, hymne à l'héroïsme des êtres qui transforment leurs silences en un cri de courage et de fureur. 


Mon avis :

Voilà un livre qui ne laisse pas indifférent. Un livre fort, violent, un livre plein de rage, d'envie de vengeance, un livre demandeur de justice, un livre sans retenue, un livre plein de courage aussi. 

Séraphine est née en pleine guerre civile mais celle-ci ne l'a réellement atteinte qu'à l'âge de vingt ans lorsqu'elle se fait violer et que sa famille, ses voisins et ses amis sont assassinés sous ses yeux. Séraphine a tout perdu et quand Blandine, jeune femme conduisant la troupe des "lionnes impavides", lui propose de rejoindre l'armée régulière, Séraphine accepte et se lance corps et âme dans les combats. Elle se bat, sauve des gens mais en tue également : "Quiconque étouffe mes mots, je le tue." Avec rage, elle sauve et tue mais aussi danse, danse encore et toujours, danse sous les bombes, prenant sa revanche sur la vie et la mort, sur la destruction de son corps, danse pour son pays et pour la liberté de toutes les femmes violées, pour tous les siens et pour l’innocence qu'elle a perdu.

Roman choral, ce livre donne la parole à Séraphine mais aussi au médecin qui l'a sauvé, à Blandine, et à plusieurs autres femmes faisant partie des lionnes impavides. Chaque personnage donne son propre témoignage en réponse aux questions d'un journaliste. Chacun a son histoire, ses propres douleurs. Tous ne viennent pas forcément du même camp au départ mais tous ont souffert. 

Ce livre nous parle de la guerre, de la perte de l’innocence, du sang sur les mains et de la rage au cœur. C'est extrêmement dur, cruel et violent. L'horreur nous est narré avec la froideur d'un scalpel et nous interroge sur la légitimité de la vengeance, du fait de tuer pour servir une cause ou pour dire non, non à la violence, aux meurtres et aux viols. Tuer parce que c'est tout ce qu'il reste à faire. Se relever pour tuer. Tuer pour changer des vies et pour sauver ce qui peut encore l'être...

C'est dur, très dur et à la fois beau et porteur d'espoir... car même sous les bombes, les femmes continuent de danser... 

Extrait :

"Séraphine pense Je suis une guerrière.
Voilà. Une guerrière sans vagin ni pénis, une guerrière qui vengera son corps et celui de sa mère, une guerrière qui, s'il le faut, fera couler son sang pour la reconstruction de son pays."



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