lundi 19 décembre 2022

Qui sème le vent - Marieke Lucas Rijneveld

 Par Daphné

 








Autrice : Marieke Lucas Rijneveld

Titre :Qui sème le vent

Genre : roman 

Langue d’origine :néerlandais

traductrice :Daniel Cumin

Editeur :Buchet Chastel

Nombre de pages :352

Date d'édition : 2022

Résumé de l'éditeur :

 À dix ans, la narratrice de Qui sème le vent vit en rase campagne aux Pays-Bas. Les repas de famille, les travaux de la ferme, les heures passées à observer les crapauds, tout devient par la grâce de son regard un fascinant terrain d’apprentissage. Mais quelques jours avant Noël, après avoir lancé un funeste présage à son grand frère parti patiner sur le lac, son monde va être brusquement bouleversé, tout comme celui de sa famille.
Au fil d’un texte poignant, la voix de la fillette, bouleversante de justesse, dit la violence d’une enfance vécue dans un monde de non-dits.
Véritable best-seller aux Pays-Bas et dans toute l’Europe, le premier roman de Marieke Lucas Rijneveld livre un portrait sauvage et beau d’une enfance brutalement flétrie par le deuil.

Mon avis:

Ce livre est apparemment un best seller et, en lisant les premières pages, j'ai réellement pensé que j’allais partager l'engouement qu'il suscite... sauf que mon enthousiasme est vite retombé. En réalité, je n’ai pas, mais alors pas du tout aimé. 

Un livre raconté par un enfant a souvent quelque chose de frais, d'émouvant aussi. Nulle fraîcheur ici cependant : ce livre est sombre, très sombre, du début à la fin. Quand à l'émotion, elle est bel et bien présente : en perdant son frère, la petite narratrice et sa famille sombrent dans le chagrin et le sentiment de perte, de deuil impossible à faire,  est très bien retranscrit. On ressent cette tristesse tout au long du livre. L'émotion est là, oui, mais il y a aussi autre chose, un côté malsain, étouffant. 

Trop souvent, bien trop souvent, l'autrice insiste sur la cruauté des enfants, leur sexualité naissante qui prend des allures de plus en plus incestueuses et perverses. L'ambiance se fait de plus en plus pesante, c'est glauque, rude, âpre, pessimiste. Les "jeux" sexuels des enfants, la constipation de la petite fille, la cruauté envers les animaux reviennent encore et encore, de manière de plus en plus insoutenables. C'est bien trop cru, bien trop dérangeant. Non, décidément, je n'ai pas aimé ce livre même si je dois lui reconnaître de grandes qualités d'écriture.

Extrait:  

 "Personne ne connaît mon cœur. Il est retranché derrière parka, épiderme et côtes. Dans le ventre de maman, mon cœur a été important pendant neuf mois, mais depuis qu'il en est sorti, plus personne ne se soucie de savoir s'il bat au bon rythme, personne ne prend peur quand il s'arrête quelques secondes ou quand il bat la chamade sous le coup d'une peur ou d'une tension."

samedi 17 décembre 2022

Les vertueux - Yasmina Khadra

Par Ariane


Auteur : Yasmina Khadra

Titre : Les vertueux

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Mialet Barraud

Nombre de pages : 544p

Date de parution : août 2022

 

Mon avis :

Je garde un bon souvenir de mes précédentes lectures de Yasmina Khadra (notamment La nuit du Raïs) et j’étais très contente de le retrouver avec un nouveau roman.

Yacine est un jeune paysan algérien qui se voit proposer par le Caïd de sa région, un marché qu’il ne peut pas vraiment refuser : partir en France combattre les boches à la place de son fils atteint d’une maladie cardiaque. En échange, Yacine recevra des terres à son retour. Le choix est vite fait, d’autant plus qu’en cas de refus, Yacine sera tué et sa famille déshonorée et expulsée du village… C’est ainsi que Yacine rejoint les tirailleurs algériens et part combattre en France. A son retour, il s’attend à la récompense promise, mais le Caïd a menti. Yacine est désormais en fuite et entame une Odyssée qui le ramènera peut-être enfin auprès des siens.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture au véritable souffle romanesque. Il y a un peu de Candide dans l’histoire de Yacine, personnage innocent et naïf, qui subit une succession de malheurs aussi navrants que cocasses. Le roman a des aspects de conte philosophique et moral. Mais c’est aussi une fresque historique intéressante sur l’Algérie dans l’entre-deux guerres. Je me suis particulièrement intéressée aux parties consacrées aux RTA et à la première guerre mondiale. Et bien sûr quel plaisir de lire l’écriture, fluide et alerte de Yasmina Khadra.

Toutefois, plusieurs semaines après ma lecture, je dois reconnaître qu’il ne m’en reste pas grand-chose… C’est dommage, car malgré le plaisir, ça n’aura pas été une lecture marquante. De plus, je trouve que l’ensemble reste assez classique. Et si j’ai beaucoup aimé les premières parties, mon intérêt a été moindre ensuite et je n’ai pas été vraiment convaincue par la fin.

Malgré ces quelques bémols, j’ai bien aimé cette lecture et je vous conseille ce roman notamment pour le plaisir de lire Yasmina Khadra.

 

Extrait :

« Encore une chose qu'il faut que tu saches : l'existence est une belle vacherie. Chacun y a droit à son lot de soucis. Le pauvre parce qu'il manque de tout, le riche parce qu'aucune fortune ne lui suffit. »

« Et il n'y a rien de pire que la guerre. Rien n'est tout à fait fini avec la guerre, rien n'est vaincu, rien n'est conjuré ou vengé, rien n'est vraiment sauvé. Lorsque les canons se tairont et que les charniers repousseront les prés, la guerre sera toujours là, dans la tête, dans la chair, dans l'air du temps faussement apaisé, collée à la peau, meurtrissant les mémoires, noyautant chacune de nos pensées, entière, pleine, totale, aussi indécrottable qu'une seconde nature. »

« Les hommes vrais ont la larme facile parce qu'ils ont l'âme près du cœur. Quant à ceux qui serrent les dents pour refouler leurs sanglots, ceux-là ne font que mordre ce qu'ils devraient embrasser. »

« Là-bas, dans mon douar, le monde était si petit que j'aurais pu le contenir dans le creux de ma main. Je ne risquais pas de me perdre. Toutes les questions étaient réglées. On ne se les posait pas, puisqu'on avait la réponse : on ne rattrape pas la comète. Chacun assumait son malheur et attendait du ciel autre chose qu'un obus. Mais ici, au milieu de l'immense gâchis défigurant la plaine, j'étais complètement perdu. »

« Quelle misère ! A croire que le diable protège mieux ses suppôts que le bon Dieu ses saints, que les prières ne portent pas plus loin qu'un jet de crachat, que le sort, en croupier sourd, aveugle et muet, n'en fait qu'à sa tête, qu'il lance la boule et se moque éperdument de savoir sur quelle case elle va s'arrêter. »

vendredi 16 décembre 2022

Le soldat désaccordé - Gilles Marchand

 Par Daphné


 






Auteur : Gilles Marchand
Titre : Le soldat désaccordé
Genre :roman
Langue d’origine : français
nombre de pages :208
Éditeur : Aux forges de Vulcain
Date d'édition : 2022
 
Résumé de l'éditeur :
 
 Paris, années 20, un ancien combattant est chargé de retrouver un soldat disparu en 1917. Arpentant les champs de bataille, interrogeant témoins et soldats, il va découvrir, au milieu de mille histoires plus incroyables les unes que les autres, la folle histoire d'amour que le jeune homme a vécue au milieu de l'Enfer. Alors que l'enquête progresse, la France se rapproche d'une nouvelle guerre et notre héros se jette à corps perdu dans cette mission désespérée, devenue sa seule source d'espoir dans un monde qui s'effondre.
 
Mon avis:
 
J'aime beaucoup les livres de Gilles Marchand, leur poésie, leur fantaisie, leur douceur. Ce livre là m'a un peu moins conquise que les autres mais reste tout de même un grand moment de lecture. 
 
Le narrateur, ancien combattant de la première guerre mondiale, mène sa vie en enquêtant.  Il enquête sur les disparus de guerre, à la demande de leurs proches. A la demande de sa mère, l tente de retrouver un certain Émile Joplain dont l'histoire va prendre une grande place dans sa vie. A travers cette enquête, l'auteur nous parle de poilus, de leurs souffrances, des horreurs qu'ils ont vécus, de la peur, du traumatisme, de la mort. Mais il nous parle aussi d'amour et d'espoir. 
 
Et c'est beau. Oui, elle est belle cette histoire qui apporte une touche de lumière à un contexte absolument cauchemardesque. Le rêve et la tendresse se mêlent aux horreurs de la guerre et on se surprend à espérer, en même temps que le narrateur, que l'amour survive à la guerre.  Au milieu des champs de bataille, on croise toute une galerie de personnages qui ne peuvent qu'émouvoir. 
 
Émotion également pour la plume, toujours délicate et poétique, de Gilles Marchand. Un auteur décidément incontournable pour moi.
 
Extrait:
 
 "Je n’étais pas parti la fleur au fusil. Je ne connais d’ailleurs personne qui l’ait vécu ainsi. L’image était certes jolie, mais elle ne reflétait pas la réalité. On n’imaginait pas que le conflit allait s’éterniser, évidemment. Personne ne pouvait le prévoir. On croyait passer l’été sous les drapeaux et revenir pour l’automne avec l’Alsace et la Lorraine en bandoulière. À temps pour les moissons, les vendanges ou de nouveaux tours de vis à l’usine. Pour tout dire, ça emmerdait pas mal de monde cette histoire. On avait mieux à faire qu’aller taper sur nos voisins. Pourtant, on savait que ça viendrait : on nous avait bien préparés à cette idée. À force de nous raconter qu’ils étaient nos ennemis, on avait fini par le croire. Alors, quand ils sont passés par le Luxembourg et la Belgique, il n’y avait pas grand monde pour leur trouver des circonstances atténuantes. On était nombreux à être volontaires pour leur expliquer que ça ne se faisait pas trop d’aller envahir des pays neutres. "

mardi 13 décembre 2022

Attaquer la terre et le soleil - Mathieu Belezi

Par Ariane


Auteur : Mathieu Belezi

Titre : Attaquer la terre et le soleil

Genre : roman

Langue d’origine : français

Editeur : Le Tripode

Nombre de pages : 160p

Date de parution : septembre 2022

 

Mon avis :

Bien que plusieurs titres de Mathieu Belezi soient notés dans ma liste de livres à lire, il aura fallu 7 ans depuis ma dernière lecture, pour que je lise à nouveau cet auteur. Je gardais un excellent souvenir de son roman Un faux pas dans la vie d’Emma Picard. D’ailleurs, en relisant mon billet d’alors avant d’écrire celui-ci, j’ai été étonné d’avoir eu à l’époque un bémol. Je ne m’en souvenais absolument pas ! Cela n’était finalement pas important…

Comme des milliers d’autres attirés par la promesse d’une nouvelle vie, Séraphine a quitté la France avec son mari, leurs enfants, sa sœur et son beau-frère pour rejoindre une colonie agricole en Algérie. A peine débarqués, le rêve s’écroule. Les colons découvrent une terre aride et un soleil implacable, il faudra se battre chaque jour pour arracher de quoi subsister. Il y a la faim, les maladies, les bêtes sauvages et les rebelles. Le désespoir…

Pour permettre aux colons de s’installer en Algérie, les soldats ont pour mission de pacifier le pays. Un jeune soldat anonyme fait partie de l’une de ces troupes, guidées par un capitaine qui semble avoir perdu l’esprit et les entraîne dans une escalade de violence. Ils pillent, violent et tuent, sans remords ni émotion. Comme on entend dire qu’un chien qui a goûté au sang y aura pris goût, ces hommes semblent devenus des bêtes enragées.

Les voix de Séraphine et du jeune soldat s’alternent, dans une litanie de pensées et d’émotions brutes. Les phrases se bousculent comme les pensées dans leurs esprits, urgentes, oppressantes. Ce rythme de narration si particulier donne un souffle incroyable à ce roman et malgré l’horreur de certaines scènes qui prennent aux tripes, le texte est absolument sublime. C’est un roman qui se lit dans l’urgence, comme en apnée et dont on ressort bouleversé, horrifié, assommé…

Je n’attendrai pas 7 ans cette fois pour relire Mathieu Belezi !

 

Extrait :

« J’ai pleuré
je n’ai pas pu m’empêcher de pleure quand nous sommes arrivés et que nous avons vu la terre qu’il allait falloir travailler
sainte et sainte mère de Dieu »

« La France a pour mission divine de pacifier vos terres de barbarie, d’offrir à vos cervelles incultes les ors d’une culture millénaire ! Que ça vous plaise ou non ! Et ceux qui refusent notre main tendue seront renversés, écrasés, hachés menu par le fer de nos sabres et de nos baïonnettes ! »

« trois jours, j’ai dit, trois jours durant nous avons tous espéré un miracle, alors que ces trois jours n’ont servi qu’à renforcer les pouvoirs de la maladie que j’imaginais tapie comme une bête dans les parages de la palissade et qui, n’y tenant plus, a choisi le matin du quatrième jour pour se jeter sur nos familles, planter ses crocs dans nos chairs anémiées et dévorer nos pauvres vies »