vendredi 5 mai 2017

La langue des bêtes - Stéphane Servant

Par Daphné















Auteur : Stéphane Servant
 Titre : La langues des bêtes
 Genre : roman
 Langue d’origine : Français
 Editeur : rouergue
 Nombre de pages : 444
 Date de parution : 2015



Résumé de l'éditeur :

Il était une fois un vieux chapiteau de cirque à l'orée d'une forêt sombre et profonde : c'est là que vit la Petite avec sa famille, une ancienne troupe de saltimbanques. Depuis très longtemps ils ne donnent plus de spectacle, mais ils tissent autour de la gamine un cocon protecteur d'histoires et de légendes.
Un jour, un chantier gigantesque vient tout bouleverser : le campement va être rasé et la Petite est envoyée à l'école du village. Elle va alors faire appel aux forces obscures de la forêt pour tenter de sauver les siens.

Dans la lignée du Cœur des louves, son précédent roman, Stéphane Servant nous raconte une fable envoûtante. Au travers du regard décalé d'une enfant sauvage, fille d'une funambule et d'un ogre, il nous convie à croire à la magie des histoires.


Mon avis :

Après avoir eu un grand coup de cœur pour Le cœur des louves, c'est avec un grand plaisir que je me suis plongée dans un nouveau livre de Stéphane Servant. Et je n'ai pas été déçue, me laissant véritablement emporter par la magnifique plume de cet auteur. 

La Petite a grandi au milieu des bois dans les vestiges d'un vieux cirque qui ne fonctionne plus depuis longtemps. Entourée de ses parents, d'un vieux lion et de quelques anciens artistes du cirque, elle ne connait pas la vie citadine, l'école et le contact des autres enfants. Elle grandit, heureuse, en tout innocence, bercée au son des légendes que lui racontent les gens du cirque. Le temps s'écoule ainsi,  tranquillement pour la petite fille : "Au Puits aux Anges, le temps s'écoule, fluide, léger, sans brisure autre que celle du basculement de la lumière sur les carcasses des voitures et des ombres des arbres alentour qui s'étirent ou rétrécissent selon les saisons, et l'ombre de la Petite est pareille à celle des pins, mouvante, parfois minuscule parfois infinie." Et sans doute les choses auraient elles pu continuer ainsi encore longtemps si un jour le terrain que la petite troupe occupe ne se retrouve destinée à devenir une autoroute. Le monde de la Petite vacille alors. Elle doit aller à l'école, est menacée d'expulsion et tout change autour d'elle. Face au temps qui passe inexorablement,aux changements qui s'amorcent et aux secrets qui peu à peu se dévoilent, la Petite tentera de sauver sa vie d'avant, de retenir le temps, de croire encore et toujours aux histoires  de son enfance.

C'est un magnifique roman que nous offre là Stéphane Servant, roman où se mêlent la réalité et l'imaginaire sans que l'on puisse véritablement établir une frontière entre les deux. A travers les yeux de la Petite, le lecteur se laisse porter par la beauté des descriptions et se retrouve plongé dans une ambiance étrange, à la fois lourde et emplie de rêves, angoissante et merveilleuse. On navigue entre le charme et la cruauté, le mensonge et la vérité, la violence et la tendresse. L'accent est mis sur les émotions de la Petite, sur les relations entre l'homme et l'animal, entre l'homme et la femme, l'adulte et l'enfant. La brisure de la marginalité dans laquelle a toujours vécu Petite, et l'entrée de la réalité dans un monde plein d'imagination représentent la transition de l'enfance à l’adolescence et qu'il est dur pour une petite fille qui a toujours vécu dans un monde empli de légendes de se retrouver confrontée si brutalement à la réalité. 


Ce roman déconcertant à l'atmosphère si étrange m'a ému malgré un côté un peu macabre mais sans doute essentiel à l'histoire. Il peut être dérangeant mais il y a une telle beauté dans toute cette cruauté et cette violence que je me suis retrouvée comme hypnotisée par cette histoire aux allures d'inquiétant conte de fée. Si la langue des bêtes est un mystère, alors celle de la Petite nous amène à penser comme le précise son auteur que "le beau et les rêves sont encore possibles".

Extrait :

"Une histoire, c'est comme une couverture de laine. Elle est faite de brins tissés. Personne ne sait qui a commencé à raconter. Mais on se passe la couverture et de jour en jour la couverture s'agrandit. Tout le monde peut venir se blottir en dessous, les vivants et les morts trouvent un endroit pour se réchauffer. C'est pour cela qu'il faut continuer à croire aux histoires et à les raconter. Parce que les morts vivent encore à travers les histoires. Avec les histoires, comme les brins de laine tressés, nous nous tenons la main. Avec les histoires, rien ne disparaît jamais."




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